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LA FILIERE POMMES DE TERRE EN AFRIQUE

 

 

 

PROJET pour le DÉVELOPPEMENT et la SÉCURISATION

des FILIÈRES POMME de TERRE en AFRIQUE de L’OUEST

      Compte rendu synthétique final 2010-2016

 

 

 

 

 

                               Récolte sur les Monts Bagzanes au Nord Niger

 

 

 

Projet soutenu par la région Bretagne

 

 

avec le concours d’autres collectivités et organismes :

 

CD 35, CD 29, CNIPT, APPNAL (ASF-Ch), Bretagne Plants

 

ainsi que la collaboration des associations et des partenaires locaux au Mali, Burkina Faso, Niger, etc.

 

 

- Juillet 2016 -

 

 

 

 

- Sommaire -

 

 

 

 

- I - Généralités, justifications

 

 

- II - Contenu et organisation

 

         + 21 : Les grandes lignes du projet

 

         + 22 : Les sites géographiques et les principaux partenaires

 

 

- III - Principaux acquis

 

         + 31 : Les formations

 

         + 32 : Accès à la terre, à l’eau, aux intrants

 

         + 33 : Approvisionnement en semences et activités liées

 

         + 34 : Itinéraires techniques, pratiques culturales

 

         + 35 : Connaissance et maîtrise des problèmes parasitaires

 

         + 36 : La conservation

 

         + 37 : Les utilisations

 

 

- IV -  Diffusion, EAD, etc.

 

 

- V - Perspectives

 

 

 

Annexes : nombreux documents disponibles


- I - Généralités, justifications :

 

 

 

La recherche de la « Souveraineté alimentaire des populations de la terre » est (ou devrait être) une des préoccupations majeures de ce siècle.

 

En effet, la population mondiale actuelle est d’environ 7 milliards et près d’1 milliard de personnes souffre de la faim, de sous alimentation quantitative et qualitative.

 

Or, nous atteindrons sans doute plus de 9 milliards de personnes en 2050 et peut-être 11 à 12 milliards en 2100.

 

Le continent africain qui est déjà le plus affecté par la malnutrition qui affecte 30% de la population (et paradoxalement, en majorité la population paysanne) va voir celle-ci doubler d’ici 2050 et passer de 1 à 2 milliards.

 

Dans le même temps, les conditions de production se détériorent, les sols se dégradent, les effets du changement climatiques sont de plus en plus perceptibles, etc. Les paysans et paysannes, les plus affectées, quittent les campagnes pour émigrer vers les villes qui grossissent démesurément (6 à 7%/an) de façon anarchique.

 

Il est donc urgent qu’à tous les niveaux, des décisions soient prises pour arrêter les dégradations environnementales et humaines et pour promouvoir des agricultures familiales locales et « climato-intelligentes » (selon l’expression de la FAO) permettant aux paysans et paysannes de vivre « dignement » de leur métier tout en assurant la souveraineté alimentaire de la population.

 

Des organisations internationales (ONU, FAO), des pays du Nord et du Sud ont conscience de cette situation et de ce défi à relever mais les engagements dans la durée, sur des projets cohérents tardent à se transformer en programmes cohérents et concrets.

 

Avec son projet 3N, (Le Niger peut Nourrir les Nigériens) le gouvernement nigérien a bien fixé les objectifs et il faudrait qu’il puisse aboutir à la souveraineté alimentaire et servir d’exemple pour d’autres.

 

Du point de vue pratique, pour atteindre les objectifs de souveraineté alimentaire (quantitative et qualitative) il faut à la fois améliorer considérablement les cultures vivrières traditionnelles et diversifier les productions, notamment, pour les pays sahéliens, en développant les productions maraîchères et fruitières particulièrement de saison sèche.

 

Toutes les cultures vivrières « réalisables » sont dignes d’intérêt et méritent d’être améliorées pour aboutir à des systèmes maraîchers aussi équilibrés que possible.

 

 

 

Parmi, ces cultures, au regard de ses potentialités et de son développement mondial, la pomme de terre mérite une attention particulière car elle est de loin la production susceptible de produire le plus de matière nutritive par jour d’occupation du sol donc aussi de consommation d’eau et de travail. C’est une culture à « double fin » : autoconsommation familiale et vente et donc en mesure de procurer des revenus aux familles pour leur permettre de vivre « décemment ».

 

 

 

Sur la base de ces arguments (et d’autres), ASF-Bretagne avec l’appui de multiples partenaires, s’est lancé depuis plusieurs décennies dans des actions de promotion de la filière pomme de terre, dans le monde mais plus particulièrement en Afrique de l’Ouest.

 

 

 

Le présent compte rendu concerne la période 2010-2016 au cours de laquelle ASF-B a bénéficié d’un soutien financier conséquent de la région Bretagne.

 

Malgré un contexte difficile, lié aux problèmes de sécurité, notamment au Mali et au Niger, le programme a pu être conduit sans interruption, grâce aux partenaires locaux, soutenus par le programme et dont le travail a été essentiel.

 

 

 

 

 

 

 

   - II - Contenu du projet, organisation :

 

 

+ 21 : Les grandes lignes du projet :

 

Le projet avait pour ambition, de prendre en charge de façon aussi intégrée que possible, tous les aspects indispensables pour qu’une filière soit efficace et autonome.

 

 

 

            + Formations à tous les niveaux : mettre en place une chaîne de compétences opérationnelle: de paysan(ne) à chercheur, en s’appuyant sur différents supports dont le Guide technique de la culture en Afrique de l’ouest qui a été édité à cet effet;

 

            + Accès à la terre, l’eau, les intrants, à un minimum de moyens de production;

 

            + Accès à des semences de qualité (soutien à l’importation et production locale) : variétés adaptées, qualité physiologique, état sanitaire ;

 

            + Mise en œuvre de pratiques culturales raisonnées et adaptées  aux situations locales: matière organique, rotation, travail du sol, irrigation, économies d’eau, etc.

 

            + Connaissance et maîtrise du parasitisme : virus, bactéries, champignons, nématodes, insectes, acariens, orobanche, etc. (en végétation et conservation) : prévention, pratiques culturales, résistances, valorisation des ressources locales pour la protection (ex. neem) ;

 

            + Conservation (pour la consommation et pour les semences) : locaux améliorés, froid solaire, etc. ;

 

            + Utilisations : consommation (modes culinaires), organisation de la commercialisation, transformations, etc.

 

 

 

            + 22 - Les sites géographiques  et principaux partenaires locaux:

 

Trois pays principaux ont été retenus, en raison de la nécessité de promouvoir les productions vivrières  mais aussi en raison des possibilités de partenariats locaux bien établis.

 

            - Le Mali : le programme a principalement concerné la région de Mopti avec toutefois des prolongements dans d’autres régions : Ségou, San, mais aussi malgré la situation : Gao, Tombouctou, Kidal.

 

Ce choix s’explique par l’implantation dans cette région de plusieurs jumelages et partenariats, avec d’une part le soutien du CD35 (via le CIVM/AIVM, en particulier la prise en charge financière de Moumouni Koné, chargé des productions agricoles) et d’autre part le relais sur le territoire des associations et jumelages.

 

Des partenaires locaux ont aussi joué un grand rôle dans le projet, en particulier l’ONG féminine Ya-G-Tu de Bandiagara : importation des semences, technicien pour le suivi dans les villages, local de stockage, création d’une coopérative des producteurs de pomme de terre.

 

 

 

            - Le Burkina Faso : L’essentiel du projet a été concentré sur la province de la Tapoa (Sud Est) en partenariat avec « La maison du Paysan », devenue l’Union provinciale des producteurs de pommes de terre, avec l’appui de l’animatrice Elisabeth Coulidati, financée par Solidarité Rurale Burkina Faso-Morbihan (SRBFM) de la Gacilly.

 

Plus récemment, dans le cadre du projet de soutien à la région Centre, un volet pomme de terre a été initié autour de Ouaga ; (avec des déceptions et des satisfactions dont la formation en Bretagne d’un technicien : Laurent Palm).

 

Compte tenu de la situation au Mali et au Niger, rendant les missions sur place, délicates, voire impossibles, le Burkina a offert un point de « ralliement » indispensable avec de bons échanges, à l’occasion de nos missions.

 

 

 

            - Le Niger : La plus grande partie des actions ont été conduites, au Sud Niger, dans la région de Dosso et surtout dans le Dallol Maouri (vallée « fossile » de Dogondoutchi) avec pour partenaires locaux l’ONG Aridel et l’Union des maraîchers. Pour ces actions, nous avons bénéficié du partenariat de l’APPNAL (devenue ASF-Ch) ce qui a permis d’avoir sur place un ingénieur (Illia Warou) secondé, autant que nécessaire, par des techniciens temporaires et ou des étudiants.

 

Au Sud Niger, des actions significatives ont aussi été conduites dans les zones de Dosso et du Boboye, (ONG Doubani) ainsi que de Bonkoukou (Imanan, Tillabéri), en partenariat avec l’association MASNAT (formations, soutien pour les semences, etc.).

 

Au Nord Niger, sans abandonner le projet (en particulier, le volet production de semences locales), nous avons dû, en raison de la situation, limiter les projets et déplacements sur le terrain, sans pour autant, abandonner complètement (formations).

 

 

 

            - Autres pays : Nous sommes fréquemment sollicités pour des appuis divers : formations, conseils pour les semences et la culture, etc., notamment au Sénégal, Côte d’Ivoire et plusieurs pays d’Afrique centrale (Congo, RDC, Burundi) où nous avons effectué plusieurs missions pour contribuer à l’élaboration de projets.

 

 

 

 

 

-III - Principaux acquis:

 

Des résultats positifs significatifs peuvent être notés dans tous les pays :

 

 

 

- 31 - Les formations :

 

Il n’y a pas de développement sans formations à tous les niveaux afin de constituer des chaînes aussi complètes que possible, de compétences complémentaires.

 

- Dans tous les sites, de nombreuses actions de formations et de suivi sont organisées par les responsables sur place et par moi-même ou d’autres personnes, au cours de missions, en salle et sur le terrain.

 

Des paysans et paysannes (dans la Tapoa notamment) n’hésitent pas à faire des dizaines de km à pied ou en vélo pour venir à ma rencontre lors de missions, témoignant ainsi de leur intérêt pour cette culture.

 

Au Mali, par exemple, Moumouni Koné estime que ce sont de l’ordre de 20000 producteurs et productrices qui ont été formés et suivis.

 

Il doit en être à peu près de même au Niger.

 

- Les encadrants sont eux-mêmes formés soit à la faveur des missions ASF, soit à la faveur de missions dans les pays voisins (au Burkina, au Sénégal) soit encore, par des formations spécifiques et/ou des stages en France. Cas notamment de Moumouni Koné au Mali qui a maintenant plus de 15 ans d’expériences de la culture en zones sahéliennes.

 

- Ce projet offre aussi des sujets de travail pour des étudiants français (même si c’est plus difficile depuis quelques années) et africains. Par exemples :

 

            - Thèse de doctorat de Issa Adamou (flétrissement à Ralstonia de la pomme de terre) et récemment (après un master 2 sur la pomme de terre au Niger), thèse de Doctorat de Ramatou Hassane sur les aspects socio-économiques de la production au Niger. Ces 2 thésards sont maintenant affectés à l’Université de Tillabéri.

 

            - Diplôme d’ingénieur (Sup Agro Dijon) de Mamadou Thiam sur la filière pomme de terre en Afrique de l’ouest. Mamadou Thiam est maintenant en poste au Sénégal sur le développement des productions dont la pomme de terre.

 

            - Etude de Ibrahima Koné sur les énergies renouvelables et en particulier sur la construction de chambres froides « solaire » pour la conservation (projet en cours de finalisation)

 

            - Tout récent Master 1 de Papa Makhtar Lo (au Comité Nord à Bretteville, 76) qui a bien l’intention de poursuivre en Master 2, voire au-delà.

 

 

 

 

 

            + 32 - Accès à la terre, à l’eau, aux intrants et autres moyens de production:

 

Dans le cadre de ce projet, assez peu d’actions concrètes ont été conduites sur ces aspects d’amont très importants.

 

Le plus souvent ces aspects sont pris en charge dans le cadre d’autres projets portés par les partenaires français (associations, jumelages) ou locaux auxquels ASF-B apporte son concours autant que nécessaire (par exemples : Pacé-Konna, AJCRPD, AIVM, SRBFM, un Jardin au Mali, etc.).

 

Au cours de la période considérée, les soutiens financiers d’ASF-B dans ce domaine ont surtout concernés les sites « expérimentaux » tels que Tégrou sur le Plateau Dogon.

 

 

 

Cependant, on peut souligner une réalisation intéressante de retenue d’eau Au cours d’une mission sur le Plateau Dogon, il y a quelques années, un adhérent d’ASF-B (Gérard Sparfel, par ailleurs spécialiste de l’échalote) a eu l’idée de réaliser une retenue d’eau sur un yamé avec des sacs de sable recouverts d’une bâche plastique. Cela s’est révélé très efficace et a permis l’arrosage de plusieurs ha de maraîchage. Du coup, avec l’appui du technicien de Ya-G-Tu (Hamidou Oueleguem), les villageois ont reproduit ce type de retenues d’eau en plusieurs lieux et l’aménagement d’autres sites est encore envisagé. Au total, c’est une vingtaine d’ha qui peuvent être « valorisés » et ceci avec un investissement minime (quelques centaines d’euros) mais beaucoup de travail.

 

 

 

            + 33 - Approvisionnement en semences et activités liées:

 

 

- Importation et répartition des semences (plant de pomme de terre)

 

En l’absence de dispositif local de production de semences de qualité, l’essentiel des semences de pomme de terre sont importées, d’Europe et dans notre cas essentiellement de Bretagne.

 

Il s’agit d’une activité essentielle, contraignante, coûteuse, exposée à divers aléas techniques, mais aussi administratifs, financiers ou autres, demandant une forte implication en Bretagne mais encore plus de nos partenaires sur place.

 

Chaque année, un certain tonnage de plant est commandé (entre 10 à 75 t selon les années et les sites) soit directement, soit par l’intermédiaire d’un importateur local (professionnel ou privé).

 

Les variétés commandées doivent être adaptées aux conditions locales de production et aux préférences du « marché local ».

 

Traditionnellement, nous nous adressons à la société Germicopa qui offre une gamme variétale intéressante et qui a une longue expérience d’expédition dans ces régions ; Depuis quelques années, un partenariat s’est aussi établi avec Triscalia qui propose quelques variétés intéressantes.

 

En « retour », ces exportateurs utilisent largement le guide technique que nous avons édité.

 

Les variétés doivent être adaptées au Climat et aux conditions de culture mais aussi aux « habitudes » des pays.

 

            - Le Niger manifeste une grande préférence pour les variétés à peau rouge (sans que les raisons soient bien établies). La variété « type » était la Désirée. Différentes expérimentations et évaluations dont celles conduites par ASF-B et son réseau dès les années 2000 ont permis de montrer les intérêts (précocité, productivité, rusticité, etc.) d’autres variétés (toujours en rouges) : Rosana, Pamela, Stemster et plus récemment Yona.

 

            - Les autres pays de la région et en particulier le Mali et le Burkina, préfèrent les variétés blanches dont les types sont Sahel et Claustar. D’autres variétés ont, au fil des années (expérimentations, comportement) montré leurs intérêts : Atlas, Pamina, Daifla, Aïda (de Germicopa) et plus récemment Speeda, El Beida, Charmeuse, Mandola (de Triscalia).

 

A noter que seules les anciennes variétés : Désirée, Sahel, Claustar, sont du « domaine public » et donc les seules utilisables pour une éventuelle production locale de plants.

 

 

 

- Production locale de semences : plants ou graines :

 

Toute production nécessite des semences de qualité (génétique, physiologique, sanitaire) dont la production est un métier spécifique très pointu.

 

En l’absence de production locale de bonnes semences et si on veut éviter les risques techniques, sanitaires, économiques, il est indispensable de faire appel à des importations de plant « certifiés » avec toutes les difficultés (techniques, économiques, administratives) qui en découlent et qui ne permettent pas l’autonomie totale de la filière.

 

Plusieurs ONG (dont SOC-I) et organisations ont tenté de résoudre ce problème en soutenant la production locale de semences à partir de laboratoires de culture in vitro dans chaque pays (Mali, Burkina, Niger), ce qui a supposé des moyens conséquents en investissements et en formations (par ex. Thèse de Ramatou Sidikou, du Niger en France). On peut dire que la phase laboratoire (multiplication in vitro) fonctionne bien mais que l’organisation d’une filière « semences » à partir de ces laboratoires éprouve des difficultés de structuration de la filière, de formation de producteurs et techniciens spécialisés, d’infrastructures adaptées notamment de locaux de conservation frigorifiques (cf. projet en cours de chambre froide solaire).

 

Une autre voie envisagée, portée par ASF-Normandie, est la multiplication par graines. Toutes les variétés de pomme de terre sont issues de graines qui pourraient être utilisées directement en semis puis repiquage (de l’ordre de 1500 graines au gramme). Les expériences conduites dans différents pays dont le Mali, aboutissent à des résultats intéressants mais doivent être poursuivies : production de graines, technologie de la culture, homogénéité génétique et enfin stockage.

 

Pour valoriser les acquis prometteurs, il faudrait pouvoir y consacrer plus de moyens humains notamment et aussi pouvoir avoir recours à une conservation frigorifique des récoltes. La poursuite et la valorisation de ce projet passe donc (entre autres) par la construction de magasins réfrigérés.

 

 

 

- 34 - Itinéraires techniques, pratiques culturales :

 

Tout au du projet, les formations et suivis sont effectués en s’appuyant pour l’essentiel sur les données du guide technique en les adaptant, si nécessaire, aux situations locales.

 

Dans l’ensemble, les consignes sont respectées et les rendements sont corrects pouvant aller jusqu’à 40 t/ha.

 

Cependant, il y a des difficultés permanentes :

 

            - l’arrivée des semences, que l’on pourrait souhaiter à partir d’octobre, est souvent retardée pour différentes raisons : calendrier de production en France, dormance, délais d’acheminement mais surtout « difficulté » et tracasseries « administratives locales », délais nécessaires à l’organisation de la distribution vers chaque site de culture, etc.

 

            - Une particularité des ces régions, dans le but de faire des économies, est la pratique du sectionnement des tubercules. Cela demande des précautions (cicatrisation, application de cendre, prégermination, etc.).

 

            - Compte tenu des faibles surfaces aménagées (terres, clôture, eau), les producteurs qui misent sur la pomme de terre, sont tentés de ne pas respecter la rotation préconisée (4 ans) ce qui peut avoir des conséquences agronomiques et sanitaires avec le risque de rendre la parcelle impropre à la culture.

 

            - Les cultures se pratiquent essentiellement pendant la saison fraîche et sèche (octobre-mars) et implique donc l’irrigation. La gestion des ressources en eau est donc une préoccupation permanente : réserves suffisantes (retenues, puits, forages, crues) dépendant de la pluviométrie des mois précédents. L’utilisation raisonnée de cette eau est aussi délicate car lorsqu’elle est disponible, les producteurs ont tendance à sur-arroser (surtout s’ils sont équipés de motopompe) au risque d’en manquer au moment de la tubérisation.

 

Quelques expériences de micro-irrigation ont été conduites mais la vulgarisation de cette technique à grande échelle est conditionnée par le coût de l’équipement, la formation et la « gestion » des dispositifs (tuyauteries, réservoirs, etc.).

 

Quelques cas de culture à d’autres saisons existent. Le principal facteur limitant est la température nocturne qui doit être assez basse (thermopériode journalière) pour permettre la tubérisation. C’est le cas en zones d’altitude limitée : Nord Niger, zones de collines (Mali, Burkina, Guinée, Cameroun, etc.).

 

            - La récolte, le conditionnement, le transport constituent des problèmes importants pour la bonne tenue des tubercules jusqu’à la consommation et il faut sans cesse insister sur l’importance de la maturité et les précautions de manipulations, (absence de blessures) car « un tubercule de pomme de terre est aussi fragile qu’un œuf !».

 

 

 

            - 35 - Connaissance et maîtrise des problèmes parasitaires :

 

Toute production risque d’être affectée par un cortège parasitaire qui risque de compromettre les rendements, la qualité, infester l’environnement dont les sols, s’il n’est pas bien connu et maîtrisé aussi préventivement que possible.

 

Pour la pomme de terre, plante à multiplication végétative ce volet est capital.

 

Cette culture peut faire, tant en végétation qu’en conservation, l’objet d’attaques de champignons, bactéries, virus, insectes, nématodes, plantes parasites, etc.

 

L’un des buts principaux de la production de plants certifiés est d’avoir des semences aussi saines que possible, répondant au cahier des charges du règlement technique.

 

Cependant, le cortège parasitaire varie selon les régions du monde, en fonction des conditions locales, environnementales en particulier.

 

Nous nous sommes directement par des observations et suivis sur le terrain et  par des études spécifiques (programme Afrique de l’ouest, mémoires, thèses) particulièrement investis dans ce domaine.

 

En région sahélienne, certaines maladies graves chez nous, comme le mildiou par exemple, sont quasi inexistantes et ne nécessitent donc pas d’interventions.

 

D’autres maladies et parasites, par contre, potentiellement très graves (au point d’être sur la liste des organismes de quarantaine chez nous : tolérance 0) et doivent être suivis avec beaucoup de vigilance. Trois exemples :

 

            - une bactérie : le flétrissement bactérien dû à Ralstonia solanacearum, qui détruit les cultures, fait pourrir les tubercules, infeste les sols pour de nombreuses années (objet, entre autres de la thèse de Issa Adamou) ;

 

            - un nématode à galles, Meloidogyne sp, qui provoque des « galles » racinaires et sur tubercules qui pourrissent et infestent les sols ;

 

            - un insecte, la teigne (Phthorimaea operculata) petit papillon qui pond sur les plantes et tubercules et dont les larves creusent des galeries qui engendrent la pourriture des tubercules.

 

Ce ne sont que trois exemples, parmi tout un cortège qui doit être pris en compte dans son entier afin d’organiser une protection raisonnée et préventive, en grande partie basée sur l’utilisation de plants sains, de respect d’une bonne rotation, de pratiques culturales adaptées.

 

C’est une préoccupation permanente de nos conseils de formation, de suivi, de recherche, etc.

 

On peut aussi souligner qu’il peut y avoir des « solutions locales ». Ainsi, nous avons beaucoup travaillé sur les propriétés antiparasitaires des extraits de neem (Azadiratcha indica)

 

et un opuscule a été édité. Leur utilisation s’est avérée efficace contre certains parasites foliaires et cela mérite donc d’être approfondi et diffusé. D’autres pistes de travail (études et vulgarisation) devront être abordées surtout si on s’investit dans une production locale de plant  (détection, caractérisation, résistance variétale, lutte, etc.). Ainsi, au Burkina Faso, l’un de nos anciens thésards, Irénée Somda, devenu professeur à l’UPR de Bobodioulasso, a mis sur pied (avec son équipe et des soutiens extérieurs) une « clinique des plantes » en vue de diagnostiquer les causes des attaques parasitaires afin d’élaborer des méthodes de lutte appropriées.

 

 

 

            - 36 - Conservation :

 

La production de pomme de terre étant très « saisonnière », le stockage des récoltes est une préoccupation permanente importante tant pour approvisionner le marché sur une plus longue période que pour soutenir et réguler les prix.

 

Or, en production traditionnelle, les installations de conservation sont quasi inexistantes : fosses sous des manguiers, ou abris à base de « séccos » (pailles tressées), etc., qui ne permettent qu’un stockage « précaire » et de courte durée. Il s’ensuit un « engorgement temporaire du marché » dont profitent les marchand(e)s et des prix très bas.

 

Or, lorsque l’on peut disposer de magasins de stockage, on peut mieux maîtriser le marché et au fil des mois, les prix augmentent de façon très significative.

 

Suite, aux collaborations avec SOC-I notamment, nous avons initié la construction de locaux aussi bien isolés et aérés que possible, rafraîchis et humidifiés grâce à des bassins d’eau.

 

Des magasins de ce type ont été construits et équipés en caisses de stockage dans les 3 zones concernées par le projet : Région de Mopti au Mali (4), Diapaga au Burkina (2), Dogondoutchi au Niger (3). Certains magasins ont bénéficié d’améliorations (isolation, bassins, etc.).

 

Ces magasins ont été financés par le projet et/ou par d’autres partenaires dans le cadre de projets pour lesquels ASF-B apporte son concours technique.

 

Ces magasins rendent des services importants, tant techniques qu’économiques, mais demeurent insuffisants en volume de stockage et en conditions climatiques souhaitables.

 

 

 

Pour conserver les récoltes sur de plus longues périodes pour la consommation et encore plus pour le plant, il serait indispensable d’avoir recours des installations de conservation réfrigérées.

 

Il existe bien quelques chambres froides dans les capitales ou les grandes villes mais elles sont difficiles d’accès tant au plan économique que technique.

 

Il serait indispensable de disposer d’installations de conservation réfrigérée aussi près que possible des lieux de production, gérées par les organisations de producteurs elles-mêmes.

 

C’est vrai pour le marché de la consommation et c’est indispensable pour le plant, si on veut s’organiser pour assurer une certaine production locale de plant de qualité.

 

Depuis quelques années, nous avons (avec le concours de personnes qualifiées) travaillé sur les possibilités d’utiliser l’énergie solaire pour faire fonctionner des chambres froides.

 

Nous pensons être arrivés à un modèle « viable » que nous souhaitons pouvoir « valider » prochainement (projet en cours de finalisation).

 

 

 

            - 37 - Utilisations :

 

Pour l’instant, nus n’avons, du moins directement, que peu abordé cette question faute de temps, de compétences, de moyens, etc.

 

- Pour les modes culinaires, il serait intéressant de collaborer avec les associations (féminines notamment) pour mieux intégrer la pomme de terre dans les préparations culinaires locales.

 

- Pour l’organisation du marché, il serait nécessaire que les producteurs et productrices s’organisent collectivement pour mieux maîtriser la mise sur le marché et soutenir les prix. Pouvoir disposer de locaux de stockage adaptés (froid solaire) serait un atout primordial pour y parvenir.

 

- Enfin, il n’est exclu d’envisager des unités de transformation (frites, chips ou autres) tels que nous avons pu en visiter au Kivu (Est de la RDC).

 

Il y a donc matière à projets dans ces domaines avec probablement la nécessité d’une diversification des partenaires, tant sur place qu’en Europe.

 

 

 

- IV - Diffusion, EAD

 

Depuis de nombreuses années, nous communiquons constamment dans différents milieux et devant divers publics, sur la souveraineté alimentaire et la contribution possible de la pomme de terre, particulièrement sur le continent africain.

 

            - Interventions (AG, tables rondes, etc.) auprès des milieux professionnels ce qui a conduit à une meilleure sensibilisation aux problèmes mais aussi à une meilleure appréciation des atouts de la pomme de terre. Ces interventions ont souvent conduit à des partenariats : soutien du CNIPT, soutien de l’APPNAL qui a créée ASF-Ch sur le « modèle » de ASF-B, Acteurs (professionnels et privés) de la filière plant aux niveaux national et régional (soutien financier, accueil de stagiaires, articles, etc.) ;

 

            - Interventions dans les collèges,

 

            - Interventions à l’Université (Rennes2), accueil d’étudiants (Rennes1, Agro), à l’INRA et Agrocampus, Espace des sciences, Lycées agricoles, etc.,

 

            - Interventions dans les milieux associatifs, en particulier de retraités de l’agriculture et d’UTL : Moustoir, St Renan, Pacé, Rostrenen

 

            - Participations régulières aux actions associatives et inter-associatives : forum des associations, SSI, marché du Monde, etc.

 

            - Participation à des manifestations comme les assises régionales de la solidarité dans le cadre ABCIS : ex. table ronde à Lorient sur le partenariat association/entreprise.

 

            - Interventions au cours d’AG d’associations partenaires : TSN, SRBFM, etc.

 

            - Table ronde à des Forum associatifs: Orléans, Paris, Tours, etc.

 

            - Conseils techniques à toutes les associations demandeuses (dans la limite de notre temps et nos compétences) pour l’élaboration de projets.

 

            - Participations et parfois prise de responsabilité dans d’autres associations de SI : Pacé-Konna, AIVM, AJCRPD, MIR.

 

 

- V - Perspectives:

 

- Il est sans doute impossible de convaincre tout le monde (et il demeure des « sceptiques ») mais il semble maintenant bien admis, compte tenu de la situation actuelle, de l’évolution démographique (particulièrement en Afrique), des changements climatiques, etc. que la souveraineté alimentaire sera un des enjeux majeurs de ce siècle qui ne peut être résolu sans un effort considérable et permanent d’améliorations et de diversification des productions vivrières.

 

Toutes les productions vivrières sont dignes d’intérêt et doivent être travaillées mais parmi celles-ci, la pomme de terre (4ième voire 3ième production vivrière mondiale) a encore des potentialités à exploiter, notamment sur le continent africain.

 

- Nous pensons avoir (avec d’autres) contribué à mettre en lumière ces potentialités et à le prouver concrètement sur plusieurs sites.

 

Certes, nous n’avons pas résolu tous les problèmes et un développement, quel qu’il soit n’est jamais achevé car tout acquis ouvre la voie à d’autres questions qui appellent d’autres actions.

 

Grâce à de multiples soutiens financiers, nous avons pu travailler efficacement au cours des années écoulées avec les équipes de techniciens et de professionnels en France et sur place dans chaque pays : Il s’agit donc d’un travail collectif, concerté où chacun occupe une place « indispensable ». Merci à tous.

 

- Cependant, les difficultés et aléas n’ont pas manqué. La situation politique au Sahel (Mali et Niger en particulier) a compliqué les échanges et rendu les missions sur place quasi impossibles. Un partenaire que l’on pensait fiable (depuis plus de dix ans) a trahit notre confiance en ne restituant pas les fonds récupérés auprès des producteurs en remboursement des semences, ce qui a mis fin à notre partenariat.

 

- Le préfinancement et l’acheminement des semences pose, chaque année, des difficultés de diverses natures parmi lesquelles les « tracasseries » financières et administratives sont parmi les plus « démotivantes » et nécessiteraient des interventions politiques car l’accès à de bonnes semences, au bon moment, est l’une des clés d’une bonne production. Il faudrait aussi que les partenaires locaux puissent accéder plus facilement au crédit de campagne car ASF-B, faute de moyens, ne pourra pas continuer les préfinancements.

 

- La poursuite du soutien aux zones actuelles, le soutien à de nouvelles zones seront poursuivis dans la mesure où nous pourrons être aidés financièrement. Dans le cas de la zone de Dogondoutchi au Niger, le relais est pris par ASF-Ch (en partenariat avec Orsay-Doutchi) mais il reste les autres zones du Niger (Bonkoukou, Nord), le Mali et le Burkina, sans compter d’autres sollicitations.

 

- Nous avons vu qu’un des facteurs limitants majeurs (technique et économique) tant pour la consommation que pour le plant, était la possibilité d’avoir recours à un stockage réfrigéré. Nous travaillons cette question depuis plusieurs années et pensons qu’il est possible de construire des magasins réfrigérés grâce à l’énergie solaire. Nous avons préparé un projet, prévoyant 1 à 3 magasins par pays avec, dans une première phase, un magasin « pilote », (de préférence au Mali), afin de bien mettre au point sa construction et valider son fonctionnement pour ensuite le reproduire ou l’adapter en différents lieux.

 

Le projet est en voie de finalisation et sera soumis aux bailleurs potentiels en 2016.

 

- L’accès à une conservation réfrigérée offrira aussi la possibilité de stocker des tubercules de semences sur plusieurs mois et permettra de franchir de nouvelles étapes pour ce volet  « accès aux semences » :

 

+ reproduction à partir des importations,

 

+ mise en pratique d’une production de plants locaux à partir des laboratoires existants,

 

+ évaluation pratique du projet de multiplication par graines.

 

Il est évident qu’il s’agit de pistes de travail conséquentes qui nécessiteront des moyens matériels et humains adaptés (compétences, organisation, etc.).

 

 

 

Ces pistes nouvelles, ajoutées à tous les aspects de développement et d’améliorations qui doivent être pris en charge en permanence, montrent qu’au-delà de la période « fructueuse » qui vient de s’écouler, les années à venir, si les soutiens (notamment financiers) le permettent devraient de nouveau ouvrir la voie à des avancées importantes pour la filière pomme de terre en Afrique de l’ouest, dans le cadre de systèmes maraîchers diversifiés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                   Rapport synthétique final. Juillet 2016.

 

                                   Bernard Jouan, ASF-Bretagne

 

                                   Maurice Culleron, trésorier

 

                                   Avec la participation des partenaires :

 

                                   Moumouni Koné, Mali

 

                                   Illia Warou, Niger

 

Elisabeth Coulidati, Burkina Faso